Gilles Lemieux

Valentin Furlan

&

Jean-Pierre Tétreault

 

 

BULLETIN D'INFORMATION SEMESTRIEL

 

édité par le GCBR

Département des sciences du bois et de la forêt

Faculté de foresterie et de géomatique

Université Laval

QUÉBEC (Québec) Canada

G1K 7P4

 

 

 

Vol. 3 n° 1

http://forestgeomat.for.ulaval.ca/brf

janvier 1997

 

 

ISSN 1201-0413


sommaire

 

Éditorial «Professeur Marcel Goulet» 1

La suite des diverses missions internationales 3

Au Québec 3

Les suites du séminaire sur les BRF de 1995 4

Une tentative de mettre sur pied un porjet africain à Joliette 4

La visite du journaliste Rémy Bacher en septembre 1996 5

Le rapport des missions internationales 5

Une rencontre des présidents des Assemblées Nationales de France et du Québec en 1996 5

Une publication sur les expériences agricoles de Sainte-Brigite-des-Saults 6

La petite entreprise sur les BRF de Saint-Casimir-de-Portneuf 6

Des audiences publiques sur la «forêt artificielle» en 1997 6

Au Canada 7

L'Agence Canadienne de Développement International (ACDI) 7

Le Centre de Recherche en Développement International (CRDI) 8

Colombie Britannique 9

EUROPE

En Belgique 9

Le président Vanden Brande à la retraite 9

Des expériences en cours à Namur 10

Des propositions de recherche sur les BRF 10

Le BUFBRA publie un «News Letter» 10

En France 10

Dans la région méditerranéenne 10

Au Portugal 11

En Ukraine 12

Au Danemark 12

AFRIQUE 13

Au Ghana 13

Au Sénégal 13

Une coopération avec la FAO à Dakar 13

Au Kenya 14

AMÉRIQUE LATINE 14

En Colombie 14

En République Dominicaine 14

Les dernières publications du GCBR 15

Publications et articles reçus 16

Annexe n 1 «Une approche nouvelle à expérimenter» 16

Annexe n 2 «Un nouveau concept pour une vieille réalité: le bois raméal» 17

Annexe n 3 «La lignine de type syringyle et son implication dans la fertilité des sols agricoles et forestiers» 19

Annexe n 4 «Le rôle du sol dans la métastabilité des écosystèmes forestiers ou la pédogénèse en continu» 21

Annexe n 5 «New ideas on soil formation, soil fertility» 23


 

 

 

BULLETIN N 5

 

du Groupe de Coordination sur les Bois Raméaux

 

 

ÉDITORIAL

 

Professeur Marcel Goulet 1931-1996

 

C'est le premier novembre 1996 que notre collègue le Professeur Goulet nous quittait après une longue maladie et également après une longue carrière scientifique dont il avait toutes les raisons au monde d'être fier. Ce fut, dans tous les sens du terme, un homme de science universel dans sa spécialité, polyglotte et d'une grande probité intellectuelle.

 

Il fit ses études universitaires ici à Laval, mais sa soif de connaissances et sa curiosité le mena tout droit vers l'Europe pour l'obtention de son doctorat. Sans connaître la langue allemande, il s'inscrit au doctorat à l'Université de Munich au Holzforschung und Holztechnik der Universität München. Il obtient son doctorat en 1960 après avoir publié, dans le revue HOLZ als Roh - und Werkstoff (septembre 1960), ses travaux sous le tire de «Die Abhängigkeit der Querzugfestigkeit von Eiche, Buchen und Fichtenholz von Feuchtigkeit und Temperatur im Bereich von 0° bis 100° C.»

 

Sa vive intelligence, son esprit de synthèse et un travail incessant lui permirent rapidement d'avoir une grande connaissance de la langue allemande, lui donnant accès à toute la littérature scientifique dans le domaine des sciences du bois des pays du centre de l'Europe, très abondante et de très haute qualité, mais peu connue alors. La majorité de ses traductions furent de l'allemand, du russe et de l'anglais au français. Il fut le premier directeur du Département des Sciences du Bois à la Faculté de Foresterie et de Géomatique qu'il quitta avec regret à la suite de mesquineries administratives au milieu des années 70. Son esprit de travail et sa constance permirent de poser les bases scientifiques de nombreux travaux dont 24 thèses de maîtrise et 10 thèses de doctorat.

 

Sa connaissance de la langue espagnole et des problèmes techniques en milieux tropicaux le menèrent en Amérique latine à plus d'une reprise (Pérou, Mexique, Venezuela, Bolivie, Honduras). Il fut également chargé de mission au Mali et fit des tournées d'information en France, Belgique, Suède, Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Yougoslavie et Roumanie. Toutes ces activité firent du Professeur Goulet l'un des meilleurs experts internationaux pour tout ce qui touche la physique du bois et, en particulier, ce qui relève des problèmes de gonflement et de retrait par sa connaissance intime des mécanismes de sorption.

 

Ce n'est qu'au début des années 80, lors du décès de son père qui lui laissa un domaine forestier de plusieurs centaines d'hectares, que nous nous liâmes d'amitié. Il hérita d'un domaine familial qui, au fil des générations, grandit régulièrement sur plus d'un siècle. C'est ainsi que nos premières expériences sur le bois raméal fragmenté purent débuter dès le printemps de 1983 et dont les premiers résultats furent publiés en 1985.

 

Sa connaissance du bois permit de longues discussions et analyses sur le comportement et la croissance. Ces échanges furent en bonne partie à l'origine des théories que nous avons développées tant sur la pédogénèse que sur l'influence de cette dernière, portant sur les grands écosystèmes forestiers du monde. C'est grâce à sa compréhension, son intuition et son encouragement que nous avons étendu nos intérêts en pays tropicaux, nous poussant ainsi à reconnaître que nos observations, mesures et théories avaient une valeur universelle.

 

Dans sa spécialité, le Professeur Goulet fut sans contredit un grand homme de science qui n'a jamais cherché la gloire, mais fut souvent amer devant le peu de reconnaissance de ses compatriotes québécois. Toute sa vie fut consacrée, non pas à la recherche de la vérité toujours contestée et contestable, mais plutôt à la recherche des connaissances fondamentales qui régissent des équilibres qui peuvent être modifiés par la technique.

 

Enfin, soulignons que le Professeur Goulet fut, plus que tout autre, sensible à la dimension du Québec dans le monde. Dès son retour d'Allemagne, il adhéra aux premiers mouvements qui dessinèrent le contour de l'état moderne que nous avons maintenant.

 

Professeur Gilles Lemieux

Département des Sciences du Bois et de la Forêt

Université Laval


La suite des diverses missions internationales

 

Autant le premier semestre de 1996 a été empreint des préparations aux multiples missions, le second le fut dans la rédaction des rapports et de l'évaluation des résultats. Comme toutes situations et problèmes complexes, les résultats obtenus sont lents et nuancés. Certaines interventions ont eu des suites négatives, mais la plupart furent positives et certains résultats importants sont inattendus et très à propos. Nous avons consacré la presque totalité de nos travaux à la rédaction du rapport de mission qui a près de 300 pages. Quoi que lourd, ce rapport consigne l'ensemble des faits des séminaires, projets et discussions qui se sont tenus tout au long de ces semaines. Nous en ferons le bilan provisoire lors de la revue des différents pays dans les pages qui suivent.

 

Au Québec

 

Comme lors de la parution du numéro précédent, il n'y a que très peu d'évolution de la situation; rien ne bouge si ce n'est par la négative. Comme vous le savez, notre collègue Jean-Pierre Tétreault du ministère des Ressources Naturelles a vu son implication réduite à 10% de son temps dans la question des BRF alors qu'elle était de 90% il y a peu. Pour sa part, notre «antenne agricole fédérale», le Dr Valentin Furlan, s'est vu signifier sa retraite à partir du 31 mars 1997. Quant à M. Louis Larochelle, il s'éloigne de plus en plus faute de moyens de le retenir, étant dans l'obligation de gagner sa vie. Les relations que nous avions avec Agriculture-Québec ne portent plus de fruits depuis une année déjà.

 

Les suites du séminaire sur les BRF de 1995

 

Lors du séminaire tenu en novembre 1995, nous nous étions entendus pour publier le compte-rendu des discussions et de mettre de l'avant de nouvelles manières de faire au Québec. La disparition des fonds du temps et du personnel, à tous les niveaux, nous empêche de donner suite à cette promesse même si tous les enregistrements et notes sont encore utlisables. Il est possible que nous puissions procéder plus tard mais il est probable que la situation aura tellement évolué que ces textes seront devenus obsoletes. Comme vous le voyez, mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade.

 

Une tentative de mettre sur pied un projet africain à Joliette

 

Le 24 septembre dernier, s'est tenue à Joliette sous les auspices du CREL1 une réunion d'exploration pour la mise sur pied d'un projet sur les BRF au Sénégal à l'instigation première de Louis Larochelle, où le Professeur Lemieux a été invité à participer. Plusieurs mois plus tard il n'y a pas eu de suite à un tel projet pour diverses raisons qui apparaîtront plus loin dans ce bulletin en examinant les institutions canadiennes au niveau du développement international.

 

À la suite de cette réunion de Joliette et à la demande des participants, une approche a été tentée auprès du responsable de la revue «Stratégie», M. Abdoulaye Wane, soutenue financièrement par la Francophonie Internationale. Après plus de 3 mois, nous attendons toujours un accusé de réception aux documents que nous avons fait parvenir à cette revue.

 

La visite du journaliste Rémy Bacher en septembre 96

 

M. Bacher est attaché au Centre écologique européen «Terre Vivante» en France et était de passage à Québec lors d'une rencontre internationale. Il s'est rendu au bureau du Professeur Lemieux pour en connaître davantage sur les BRF, avec quelques préjugés, justifiant un certain scepticisme. Par la suite, il a fait paraître un article sur la question dans «Terre Vivante» numéro d'août 1996 sous le titre de «Une approche nouvelle à expérimenter». Cette revue est publiée par le centre écologique européen de Mens en France. On peut prendre connaissance du texte en annexe à ce numéro du Bulletin d'Information (annexe n 1)

 

Le rapport des missions internationales

 

Ce n'est qu'à la fin de décembre 1996 que le rapport a pû être distribué. Nous en avons tiré 300 copies grâce à l'appui du Mnistère de l'Environnement du Québec qui nous a apporté une grande contribution ainsi qu'au centre de recherche d'Agriculture Canada de Sainte-Foy au Québec. Des copies de ce rapport ont été distribuées dans plus de 20 pays.

 

Une rencontre des présidents des Assemblées Nationales de France et du Québec à Épinal.

 

Au cours du mois de juillet 1996, M. Charbonneau, président de l'Assemblée Nationale du Québec a été invité par son homologue français, Philippe Séguin. Lors de la tournée sur le «terrain», M. Séguin, qui est en outre maire d'Épinal, a invité M. Jean-Pierre Charbonneau à visiter l'Ecole Nationale des Sciences de l'Industrie et des Techniques du Bois, (ENSTIB) qui est associée à l'Université de Nancy.

 

M. Pascal Triboulot, directeur adjoint de l'ENSTIB leur a fait l'honneur des lieux et les a entretenus sur les relations que nous avons et surtout leur a décrit les travaux d'intérêt qui étaient en cours à Laval. Le Professeur Lemieux a écrit aux deux présidents pour préciser l'intérêt d'une telle collaboration, en traçant la signification profonde de ces travaux socialement et économiquement. M. le Président Séguin a eu l'amablité de lui répondre en donnant suite vers le directeur de l'ENSTIB, M. Déglise. Pour sa part le président Charbonneau n'a pas eu cette politesse au Québec, probablement à cause de la «censure» de son chef de cabinet. Certains grands politiques européens pensent maintenant que le pouvoir du consommateur est bien plus grand que celui du citoyen....!!!

 

Une publication sur les expériences agricoles de Sainte-Brigite des Saults

 

Les chercheurs du Centre de Recherche d'Agriculture Canada à Sainte-Foy dans la banlieue de Québec publieront cette année un premier article sur les expériences avec les BRF de Sainte-Brigitte-des-Saults au centre de Québec. Cet article sera publié dans la revue amércaine "American Journal of Alternative Agriculture" sous le titre de «Changes in microbial population and biological activity following addition of Ramial Chipped Wood on a sandy loam soil» Cet article est l'oeuvre des chercheurs R.L. Lalande, V. Furlan et D.A. Angers du centre de recherche précité ainsi que du Professeur Lemieux de l'Université Laval.

 

La petite entreprise sur les BRF de Saint-Casimir-de-Portneuf

 

M. Michel Tessier a obtenu ses premiers contrats en ce qui regarde la production et la gestion des BRF. Nous lui souhaitons bon courage et beaucoup de chance. On peut le joindre ainsi:

 

M. Michel Tessier

510, rue Notre-Dame

Saint-Casimir G0A 3L0

QUÉBEC

 

Des audiences publiques sur la «forêt artificielle» en 1997.

 

M. le Ministre David Cliche de l'Environnement et de la Faune vient d'annoncer que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement tiendra des audiences à la demande du Ministère des Ressources naturelles sur les méthodes de dégagement de la régénération forestière. Ceci implique pour la première fois une critique des deux dernières décennies basées sur la «forêt artificielle», axée uniquement sur les plantations. Le GCBR présentera un mémoire à cette occasion qui traitera du fonctionnement intime des systémes biologiques qui régissent les forêts à partir du sol. Le mémoire portera le titre de «La régie des écosystèmes forestiers par le sol et les mécanismes qui y président». Cette intervention représentera un tournant important dans la foresterie moderne même si les gestionnaires actuels de la forêt québécoise font la sourde oreille.

 

Au Canada

 

Les relations internationales, étant l'apanage du Canada sont de ce fait plus délicates et plus éloignées de nous. Regardons de près les deux institutions canadiennes qui nous concernent.

 

L'Agence Canadienne de Développement Internationale (ACDI)

 

Comme il était logique de prévoir dans les conditions actuelles, l'ACDI se voit dépouiller de ses services et attributs à un rythme de plus en plus accéléré. À la fin de 1996, l'ACDI s'est vue retrancher plus de 40% de son budget alors que l'armée en perdit 20% et les ministères en général, moins de 5%. Ceci s'est manifesté par un arrêt brutal des projets, de leur modification ou de leur mise en suspension pour un temps donné. Il y a là une volonté annoncée de la part du Canada de se retirer de l'Aide Publique au Développement d'une manière partiale au profit de l'aide au commerce international dans plusieurs pays, et de la réduire dans d'autres. En cela, le Canada ne fait exception et malgré un discours optimiste, la plupart des pays se retirent en catimini.

 

Les BRF qui ont montré une ascension dans l'évolution des projets, puis une stagnation depuis les deux dernières années, avec un avenir incertain et, au mieux, réduit à sa plus simple expression. Il est vrai que la majorité des projets dépendaient uniquement du financement et que le dynamisme intérieur était peu vivace dans bien des cas.

 

Pour le moment, nous savons que l'ACDI maintient, contre vents et marées, un projet de développement associé aux terroires littoraux Atlantiques du Sénégal, dans lequel une somme de plusieurs centaines de milliers de dollars sera consacrée pour le développement et l'application des techniques BRF. Le projet devrait débuter cette année dans lequel le CECI (Centre d'Études et de Coopération Internationale) serait fortement impliqué.

 

À notre connaissance, l'ACDI restreint son action au seul projet du Sénégal; ce qui nous semble une bonne approche pour en faire un modèle utilisable par d'autres pays africains où le succès serait à portée de main.

 

Le Centre de Recherche en Développement International (CRDI)

 

Ce centre, qui a pignon sur rue à Ottawa, est entièrement financé par l'ACDI, mais dans une optique de recherche au développement. Là également il y a des perturbations et des changements de politiques. C'est le CRDI qui a dépéché le Professeur Lemieux auprès de l'ICRAF2 et de l'IITA 3 en mars 1996

 

Les suites de ces missions ont été mitigées. Le réseau AFNETA4 a été suspendu en septembre et est présentement en révision. Le Dr Koala est maintenant retourné au Burkina Faso. Bien que difficile, la mission au Kenya eut une fin plus heureuse avec la mise sur pied d'expériences par le Dr Buresh qui ont donné des résultats passablement semblables à ceux de Bouaké en Côte d'Ivoire. À la suite de cette petite aventure, il y aura très certainement des développements en Afrique en dehors du Sénégal.

 

Le projet d'Ukraine a également été retenu et sera entièrement financé par le CRDI dont le leadership sera assuré par l'Université Laval. Nous en savons gré à M. Guilmette, responsable pour l'Europe de l'Est, qui a bien compris les frustrations momentanées du GCBR qui ne lui en tient pas rancune.

 

 

Colombie Britannique

 

En décembre 1996, le Prof. Lemieux a été contacté par le Dr Bill Chapman de Williams Lake en Colombie Britannique en lui demandant s'il était possible de rédiger un court traité sur la pédogénèse et l'utilisation des biosurplus après exploitation. Une entent a été conclue en ce sens qui s'est concrétisée par la signature d'un modeste contrat qui couvrira les frais de traduction en langue anglaise. Ce travail portera le titre de «Les fondements pédogénétiques des écosystèmes forestiers: une approche de la métastabilité par la biologie tellurienne» Il devrait paraître en avril prochain.

 

C'est la première commande provenant du milieu forestier; donc la première occasion que nous avons de publier nos résultats, bien que ce ne soit que très partiellement. Après plus d'une décennie, c'est l'entrée sur la scène forestière. Notre seule exigence a été de demander l'organisation d'un séminaire sur la question forestière à l'Université de Colombie Britannique à Vancouver dans les semaines qui suivront la publication de cet ouvrage. Nous espérons ainsi susciter un débat international sur la question avec l'invitation des forestiers d'Alberta, de l'état de Washington, de l'Orégon, de la Californie et de l'Alaska.

 

Europe

 

En Belgique

 

Le président Vanden Brande à la retraite

 

Le président du Comité Jean Pain, M. Frédérick Vanden Brande de Londerzeel dans la banlieue bruxelloise, prend sa retraite de la vie active à l'âge de 70 ans pour mieux se consacrer au Comité qu'il préside et en assurer la relève.

 

 

Des expériences en cours à Namur.

 

Aux dernières nouvelles, M. Alphonse Dellisse de Nature et Progrès a plusieurs expériences en cours. Elles porteront sans doute fruit au cours de 1997-98.

 

Des propositions de recherche sur les BRF

 

Pour sa part M. Jean Cornelis, vice-président du Comité Jean Pain et président du BUPFRA5, a fait des propositions intéressantes pour la promotion des BRF lors de la réunion de l'assemblée générale de cette association le 25 juin dernier.

 

Le BUFBRA publie un «News Letter»

 

Lors de sa réunion du 17 septembre 1996, le BUPBRA a accepté le principe de la publication d'une «News Letter» de 4 pages sur une base trimestrielle. Un article a été demandé au Professeur Lemieux et a été soumis sous le titre de «Un nouveau concept pour une vieille réalité: le bois raméal». (annexe n 2)

 

Lors du premier forum de l'Eurorégion qui s'est tenu en France à Lille au cours de l'autonne 1996, M. Cornelis a fait une première annonce des projets d'essais sur les BRF en Belgique.

 

En France

 

Dans la région méditerranéenne

 

Jean-Claude Tissaux, de retour dans son coin de France, a entrepris plusieurs rencontres pour faire la promotion des BRF à la suite des entretiens avec M. Rouchouse, chargé du Réseau des Zones Arides au CNRS de Montpellier. Elles n'ont pas été très fructueuses mais ont donné l'occasion à M. Tissaux de publier un article dans la revue «Nature et Société» sous le titre de:«La lignine de type syringyle et son implication dans la fertilité des sols agricoles et forestiers» en collaboration avec le Professeur Lemieux. (annexe n 3)

 

Il vient en outre de mettre en route une expérience avec des BRF de platane (Platanus acerifolium) dans le parc National de l'Estérel. Il a eu comme collaborateurs une pelle et une brouette bien humblement. C'est ainsi que les grandes choses débutent.

 

Les relations entreprises avec M. Rouchouse sont toujours fertiles. Il vient de nous proposer un article dans une revue africaine de la FAO publiée au Ghana. Nous y ferons référence lors de la revue des nouvelles africaines.

 

Le Professeur Godron de Brinon-sur-Sauldre a donné suite à sa proposition lors des entretiens de Mocquepoix et a rédigé un premier texte qui a été commenté par le Prof. Lemieux dans le «Rapport des missions internationales...». C'est une texte d'une très grande valeur, de par son approche dans le temps, en relation avec les lois de la physique. Un deuxième texte, encore plus profond, est rédigé et fait l'objet de critiques et modifications. Il devrait être publié au cours de 1997.

 

Le Professeur Jean André de l'Université de Chambéry vient de déposer une demande de crédit auprès de l'ambassade de France au Canada pour permettre au Professeur Lemieux de voyager en France et y donner une conférence portant sur les BRF et la pédogénèse. Souhaitons, avec scepticisme, que la chose se réalise dans le contexte actuel.

 

Au Portugal

 

M. le Prof. Godinho de l'Université d'Aveiro nous confie régulièrement que, malgé les premiers échecs avec les BRF, fait avec des arbustes de garigue, d'autres essais ont été mis en route et semblent plus prometteurs

 

Pour sa part M. Mendes Gaspar de Oieras dans la banlieue de Lisbonne nous fait part d'un projet qui sera sous l'égide du programme FAIR de l'Union européenne des Instituts de Recherche auxquels sont associées la Hollande, l'Italie et la Suisse. Ce projet se fera en coopération avec la Direction Régionale du Ribatejo et Oeste (DRARO) dans le centre du Portugal. Il semble que la coopération européenne soit essentielle pour faciliter de tels projets. Espérons que nous pourrons vous en dire davantage dans les pages de notre prochain bulletin.

 

En Ukraine

 

Avec un début difficile en mai 1996, le départ de l'interlocuteur principal de l'Académie des Sciences Agricoles d'Ukraine, le Dr Shably et celui du responsable canadien du CRDI à Kiev, les choses se sont finalement replacées avec l'arrivée d'un nouveau responsable canadien, M. Igor Iskra.

 

Le projet a été finalement approuvé et débutera en avril prochain dans la région de Boyarskaia avec des modifications cependant. Nous devons remplacer les pommes de terre par une céréale, parce que les parcelles ne seront établies qu'au printemps, non pas à l'autome précédent. Nous nous engageons à tenir les lecteurs au courant des développements tout au long des deux prochaines années.

 

Nous suggérons vivement la lecture du projet dans le rapport de mission (page 83 à 97) ainsi que les discussions avec le Dr Shabliy.

 

Au Danemark

 

En juillet 1996, le Dr Seck de l'Université de Dakar s'est rendu à la conférence de l'IFOAM6 qui se tenait à Copenhague, pour y faire un exposé portant le titre de «Fertilisation organique par l'utilisation des Bois Raméaux Fragmentés (BRF) de filao (Casuarina equisetifolia) dans les cuvettes maraîchères des Niayes (Sénégal). De l'avis du Dr Seck cet exposé a été très bien reçu en particulier par les pays d'Europe de l'Est.

 

Le Dr Seck a fait la rencontre de Mme Maria Eugenia de la République Dominicaine qui est l'âme dirigeante des projets BRF en ce pays. Il a en outre fait la rencontre du Professeur Popovitch de Kiev, actuellement en congé sabbatique en Belgique, qui a montré un grand intérêt pour nos techniques.

 

Cette participation a été rendue possible par les fonds disponibles pour le projet de Notto qu'attribue l'Agence Canadienne de Développement International (ACDI) au Sénégal, par l'intermédiaire de l'Université de Dakar.

 

Afrique

 

Comme nous l'avons mentionné plus haut, les malentendus pour le passage du Prof. Lemieux au Nigeria et la visite éclair sur le terrain des Dr Osiname et Tonye d'Ibadan n'a pas eu de suites heureuses. Le CRDI décida de mettre fin à l'AFNETA. Des discussions en cours permettent de penser qu'une nouvelle organisation verra le jour sous peu et où les BRF auront une place et un rôle importants.

 

Au Ghana

 

Sous l'impulsion de M. Rouchouse du CNRS de Montpellier, responsable du Réseau des Zones Arides, nous avons soumis un article à la revue de la FAO «NATURE ET FAUNE» dont l'éditeur est M. J.D. Keita à Accra au GHANA portant le titre de «Le rôle du sol dans la métastabilité des écosystèmes forestiers ou lapédogénèse en continu» (annexe n 4)

 

Au Sénégal

 

Peu de choses ont évolué durant les 6 derniers mois, sauf la préparation d'un projet touchant un grand nombre de paysans dans le cadre de l'exploitation des filaos de la côte entre en 1997-98. Nous aurons plus à dire dans le prochain numéro de ce bulletin.

 

Une coopération avec la FAO à Dakar

 

Le Bulletin de Liaison de la Coopération régionale pour le développement des productions horticoles en Afrique no. 10 a été publié en octobre 1995, Il est le fruit des efforts de M. Michel Girard conseiller technique de la FAO à Dakar au Sénégal, C'est un travail impressionnant qui touche toute l'Afrique francophone avec une adhésion de plus de 350 lecteurs. Nous apporterons dans le prochain bulletin un article sur nos essais africains dont M. Girard a accepté le principe.

 

Au Kenya

 

Malgré les difficultés du Prof. Lemieux lors de son bref séjour à l'ICRAF celui-ci n'aura pas été vain. La revue «Agroforestry Today», publiée par l'ICRAF a fait paraître dans son numéro «July - September 1996» un article sur les buts du passage du Professeur Lemieux sous le titre de «New ideas on soil formation, soil fertility». (annexe n 5)

 

Nous avons entendu dire que malgré les réticences d'usage, les dirigeants de l'ICRAF ont mis en route des expériences sur les BRF en catimini, considérant le tout comme un secret de guerre. Nous sommes très curieux de lire les résultats, à moins que la méthode agronomique ait tout fait rater comme au Québec et en Belgique il y a quelques années.

 

AMÉRIQUE LATINE

 

L'envoi de publications en langue espagnole nous a valu quelques réponses en particulier de la part du Mexique, de la Colombie et de la Bolivie, mais souvent sans relations avec nos préoccupations et nos intérêts; nous le regrettons vivement, mais c'est ainsi que nous progressons.

 

En Colombie

 

La revue «Agroalimentaria» de l'Université des Andes de Merida en Colombie a demandé la permission de publier la version espagnole de l'exposé du Professeur Lemieux au Club du Sahel en 1995 «LOS ORIGENES ECONOMICOS Y CIENTIFICOS DE LA REVOLUCION VERDE EN SAHEL». Nous les remercions de cette initiative qui ne peut que contribuer à faire évoluer les connaissances.

 

En République Dominicaine

 

Les nouvelles de ce côté sont bien minces, c'est le propre des pays du sud peu enclin à 'extérioriser. Rappelons cependant le passage de la Señora Maria Eugenia à Copenhague, ce qui indique un intérêt marqué pour la chose biologique en agriculture.

 

Le rapport de mission publié en fin d'année (page 25 à 76) fait état des principales étapes et projets en place dans toute la république lors de la mission 1996 du 26 avril au 10 mai. Mentionnons pour mémoire les projets de Cotui (finca de la Canela), Los Dajos, Arroyaso, Cotora (Constanza), Rio Blanco, Punta Cana, Hato Viejio, San José de Ocoa,Nizao, Los Rios (Neiba), Cruce de Matayaya, Bonao, Jayaco et Bayaguana.

 

Une autre mission aura lieu en septembre 1997 pour faire le bilan des résultats et corriger le tir s'il y a lieu. Un séminaire sera probablement donné cette fois à l'Université de Santiago.

 

Les dernières publications du GCBR

 

61 Anonyme (1996) «New ideas on soil formation, soil fertility» Agroforestry Today. ICRAF Nairobi Kenya 8 (3) pp 23-24 ISSN 1013 3225.

62 Lemieux, G. (1996) «Le capital forestier des québécois» 3ième édition Département des Sciences forestières, Université Laval, 24 pages 1990.

63 Dubois, Pierre (1996) «Des copeaux de feuillus pour refaire vos sols» Bull. des Agriculteurs vol. 79 no 10 page 48-49 ISSN 0007-4446. Québec

64 Bacher, Rémy (1996) «Une approche nouvelle à expérimenter» Terre vivante. août 1996, page 86 France

65 Lemieux, G. (1996) «Discussions sur la proposition d'un projet utilisant les BRF pour l'Ukraine de la part du CRDI. Université Laval, 37 pages.

66 Guay, Edgar (1996) « Un dicton africain: la fertilité dépend de l'arbre» Département des Sciences du Bois et de la Forêt, Université Laval 4 pages. ISBN 2-921728-20-6.

67 Furlan, V. & Lemieux, G. (1996) «Méthode d'application et d'évaluation pour l'utilisation des Bois Raméaux Fragmentés» Université Laval, Québc, Canada, 7 pages ISBN 2-921728-21-4

68 Lemieux G. (1996) «Rapport des missions internationales de 1996: Sénégal, Kenya, République Dominicaine, Ukraine, France et Belgique. Université Laval 284 pages, ISBN 2-921728-22-2.

69 Seck M.A. & Lemieux, G. (1996) «Fertilisation organique par l'utilisation des Bois Raméaux Fragmentés (BRF) de filao (Casuarina equisetifolia) dans les cuvettes maraîchères des Niayes (Sénégal). IFOAM conférence de Copehague, Danemark, août 1996 19 pages.

 

 

 

 

 

Publications et articles reçus

 

André, Jean (1996) « Diversité et gestion écologique: place de la phase heterotrophe du cycle sylvigénétique» Dynamique des Écosystèmes d'Altitute, Université de Savoie, France, 5 pages.

Bourguignon, C, (1988) «Essai d'approche scientifique de l'agriculture biologique» Nature & Progrès jan-avril pp. 31-34

Burgess, D, Baldock, J.A., Wetzell, S & Brand, D.G. (1995) «Scarification, fertilization and herbicide treatment effects on planted conifers on soil fertility» Plant and Soil 168-169: 513-522.

Foshee, W. G., Gogg, W.D. Tilt,K.M., Williams, Bannon, J.S. & Witt, J.B. (1996) «Organic Mulches Increase Growth of Young Pecan Trees» HortScience 31:(5) 811-812.

Guertal, E.A. & Edwards, J.H. (1996) «Organic Mulch and Nitrogen Affect Spring and Fall Collard Yields» HortScience 31: (5) 823-826.

Hallsby, Göran (1994) « The influence of different forest organic matter on the growth of one-year old planted Norway spruce seedlings in a greenhouse experiment» Swedish University of Agricultural Sciences, Department of Silviculture, Umeå - New Forests 8: 43-60.

Mahé, Gil & Oliry, Jean-Claude (1995) «Variations des précipitations et des écoulements en Afrique de l'Ouest et Centrale de 1951 à 1989. ORSTOM Bamako, Mali, Sécheresse 6: 109-17.

 

Annexe n1

«Une approche nouvelle à expérimenter»7

 

Gilles Lemieux, professeur au département des sciences forestières de l'Université Laval au Québec, propose quant à lui, une nouvelle utilisation des branchages et autres bois d'élagage de petits diamètres qui bousculent les conceptions communément admises. Il s'agit d'incorporer un broyat fraîchement prélevé sur des feuillus (pas de résineux) directement à la couche superficielle du sol, sans passer par le stade du compostage. Après quinze ans d'expérimentation au Québec et en Afrique, il n'a constaté aucun blocage dans les disponibilités de l'azote ou des autres éléments, ni apparition de maladies. Bien au contraire, les rendements sont nettement améliorés, surtout la seconde année, la situation sanitaire est bien meilleure et on note une régénération durable des sols dégradés par une production d'humus.

 

La fragmentation des rameaux et leur contact avec le sol favorise dans un premier temps une attaque massive de la lignine par les champignons (les Basidiomycètes) qui permet la formation d'acide humique et évite celle des composés toxiques (polyphénols et acides gras).

 

Cette première phase est capitale, mais elle a été peu étudiée jusqu'à présent. Sa réussite semble dépendre avant tout du choix des rameaux de feuillus d'un diamètre inférieur à 7 ou 8 cm fraîchement coupés. Leur lignine, moins stable que celle des grosses branches et des troncs, peut être assez facilement dépolymérisée par des enzymes sécrétées par le mycélium des champignons, lesquels doivent intervenir avant les bactéries. La suite du processus d'humification fait intervenir d'autres champignons, des bactéries, des lombrics, des protozoaires, des arthropodes, des insectes, etc.

 

Un recyclage sans perte d'éléments ni d'énergie qui pourrait, selon Gilles Lemieux, être la source d'une nouvelle révolution verte. «La forêt de feuillus, rappelle-t-il, est à l'origine de la formation des sols agricoles». Ses explications, qui heurtent de front bon nombre de certitudes, ont jusqu'à présent suscité plus de scepticisme que de réel intérêt chez les scientifiques concernés, les agronomes et les forestiers. Alors, si vous disposez d'un broyeur, de quelques arbres et arbustes, faites l'expérience.

 

Il existe en Belgique un Comité Jean Pain avec chantier de compostage démonstration et publication d'une revue trimestrielle «Humus News»

Comité Jean Pain

Hof ter Winkelen

Holle Eikstraat, 25

B-1840 Londerzeel

Belgique.

 

· Des rapports sur les travaux de Gilles Lemieux sont diffusés en France par Humus et Vie, mairie de Pontcarré, 77135 Pontcarré Farnce.

 

Annexe n2

 

«Un nouveau concept pour une vieille réalité:

le bois raméal»8

 

par le

Professeur Gilles Lemieux

Université Laval

Québec, Canada

 

Les deux dernières décennies nous ont appris que le temps était venu de renouveler nos idées sur une des bases de la productivité sur cette terre à la lumière des connaissances accumulées durant le siècle et le millénaire qui s'achèvent. Nous apprenons tous les jours que la base de référence que représente l'agriculture n'est peut-être pas juste et doit être contestée sur le plan de la logique.

 

L'une des grandes productions végétales est certainement celle de la production de rameaux de faibles diamètres, mais dont toutes les civilisations n'ont su que faire, donc considérés comme «déchet», «résidus» «débris» etc... Nous estimons à plusieurs milliards de tonnes annuellement la production de ce matériau qui, jusqu'en 1986, n'avait même pas de nom mais qui depuis lors, s'est montré d'une richesse sans pareil: le bois raméal.

 

Des essais en agriculture et en foresterie de ces rameaux après fragmentation, ont donné des résultats qui nous ont renversés. Après 20 ans, nous commençons à peine à réaliser la valeur du trésor biologique qui a toujours été présent mais pour lequel personne n'avait porté aucune attention. Les connaissances chimiques du bois et du sol, mais surtout celles du rôle des champignons Basidiomycètes dans la dépolymérisation de la lignine nous ont apporté une première réponse aux observations faites sur le terrain

 

Les premières expériences utilisant les BRF9 de différentes essences, d'abord en mélange puis individuellement, montrèrent des changements considérables, tant sur la couleur que la texture du sol, portant sur plusieurs années. Avec ces changements physiques, s'ajoutèrent des variations tendant vers le neutralité du pH, la disparition d'insectes considérés comme nuisibles, la réduction de la consommation en eau et un changement de la flore adventice.

 

Ce sont ces variations vers l'«aggradation» plutôt que la «dégradation» qui ont attiré notre attention, représentant un phénomène qui n'avait fait l'objet d'aucune publication au cours des 50 dernières années dans toute la littérature scientifique que nous avions consultée.

 

L'importance de cette ressource nous poussa à nous intéresser aux tropiques où les phénomènes de dégradation atteignent de plus en plus souvent le stade de catastrophe. Nous avons posé l'hypothèse que nous étions probablement en face d'un phénomène universel dont les répercussions ne manqueraient pas d'avoir des répercussions économiques et sociales de grande importance. Les premiers résultats depuis 1992 nous montrent en effet que l'utilisation des BRF comme matériaux d'aggradation des sols était encore plus importante en milieux tropicaux qu'en milieux tempérés.

 

Nous avons donc proposé que les BRF soient considérés comme un matériau pédogénétique agissant sur l'équilibre des êtres telluriques vivants, engendrant la structuration du sol et la prolifération des Basidiomycètes et de la mésofaune afférente, rendant au sol sa fertilité en régulant les principaux nutriments que sont l'azote et le phosphore

 

Nous désirons attirer l'attention de nos lecteurs sur le fait que, pour la première fois, nous sommes en mesure de proposer un ensemble de techniques touchant directement la pédogénèse. Elles sont capables d'en contrôler plusieurs paramètres pour des fins non seulement forestières et agricoles, mais également ornementales. C'est en particulier le cas du domaine des arbres d'alignement si importants dans nos ensembles urbains. mais dont le coût est sans cesse croissant et dont la vie utile va en diminuant à cause des contraites du sol et de l'environnement.

 

Nous nous permettons de suggérer que l'utilisation des BRF, appliqués aux sols qui supportent des arbres d'alignement, est susceptible de prolonger, à la fois, la vie utile de ces derniers, mais également d'améliorer leur état sanitaire.

 

Annexe n3

 

«La lignine de type syringyle et son implication dans la fertilité des sols agricoles et forestiers»10

 

par

 

Jean-Claude Tissaux et Gilles Lemieux

Département des Sciences du Bois et de la Forêt

Université Laval, Québec, Canada

 

La grande majorité des sols agricoles de la planète proviennent originellement de la forêt feuillue. Les premiers colons nord-américains ont fait l'expérience de la «terre neuve» juste après les défrichements où les rendements atteints étaient impressionnants et chutaient brutalement après quelques années de culture. Quels sont les mécanismes capables de bâtir un tel niveau de fertilité et de stabilité des sols forestiers non-perturbés?

 

Les expériences menées depuis une quinzaine d'années au Québec, aux Antilles et en Afrique sur les Bois Raméaux Fragmentés (BRF) nous ont permis de donner une réponse encore embryonnaire à cette question. Les rameaux seraient le siège de la vie actuelle et à venir notamment grâce à la présence de la lignine de type syringyle rencontrée chez les Angiospermes. La fragmentation des rameaux permet d'accélérer les processus de décomposition par augmentation des surfaces colonisables par les microoganismes. Si les polyholosides ont un effet de «carburant» sur les différents niveaux trophiques du sol, il en va différemment avec la lignine, Elle joue en quelque sorte le rôle de squelette de la partie organique du sol. En effet, c'est la dépolymérisation de la lignine par les systèmes enzymatiques de basidiomycètes, «pourriture blanche» qui permettra, à terme, d'obtenir une stabilité structurale et un niveau de fertilité comparable à ceux des humus de type mull. Or, cet effet est inexistant lors de l'incorporation au sol de fumiers ou de compost qui, non seulement résultent d'un gaspillage d'énergie lors de leur fabrication mais n'entraînent aucune modification notable du sol sur le moyen ou le long terme. Au contraire, l'incorporation de BRF au sol permet de transférer directement la totalité de l'énergie au sol et ainsi, de stimuler les chaînes trophiques . Cette activité microbienne contribue à une mise en disponibilité graduelle des nutriments ce qui favorise une utilisation maximale de ces derniers tout en réduisant les pertes.

 

Les effets des BRF sur le sol, contrairement aux amendements traditionnels peuvent persister environ cinq ans dans les régions tempérées. Le ration C/N ne pose pas de problèmes particuliers pour autant que l'on respecte certaines conditions. Tout au plus. en agriculture, il est conseillé d'épandre les BRF un an à l'avance, durant l'automne. avec du bois dormant. En comparaison avec le bois caulinaire qui possède un ratio > 400, le bois raméal a un ratio C/N de 50 à 175. Certains pensent qu'il est nécessaire d'additionner du fumier ou du lisier. Cependant la dépolymérisation de la lignine est un processus de métabolisme secondaire et l'addition d'azote sous forme d'urée inhibe l'activité lignolytique des champignons. C'est lors de la dépolymérisation de la lignine qu'il y a formation de polyphénols qui vont, par polycondensation oxydative, former des acides fulviques et des acide humiques. C'est ici que l'activité enzymatique et structurelle des Basidiomycètes prend tout son sens avec la production d'enzymes, comme la lignoperoxydase dependante du manganèse, responsable de la libération des deux importantes molécules que sont les fractions fulviques et humiques. Or, il semblerait que les polyphénols soient à la base de la stabilité et de l'effet régulateur du système. L'objectif de l'emploi des BRF est basé sur l'humification et non sur la minéralisation comme c'est le cas actuellement dans toutes les pratiques agricoles.

 

Les travaux effectués sur les BRF ont montré de très bons résultats sur la régénération forestière mais également en agriculture avec la restructuration des sols dégradés, le contrôle des mauvaises herbes, des maladies, des insectes, du pH et surtout sur la mise en disponibilité de l'eau, Nous sommes maintenant convaincus que de retourner au sol la partie la plus active des arbres composant nos forêts par voie de fragmentation et d'épandage constitue la technique la plus logique et la plus économique à court, moyen et long terme pour restaurer l'équilibre chimique et biologique des sols dégradés. Ils contrecarrent ainsi une utilisation abusive et non-économique d'un grand nombre de produits de synthèse.

 

 

 

 

Annexe n4

 

«Le rôle du sol dans la métastabilité des écosystèmes forestiers ou la pédogénèse en continu»11

 

Résumé

 

Des essais portant sur 20 ans, de l'utilisation des rameaux après fragmentation pour reconstituer le sol dans sa structure et sa fertilité tant agricole que forestière montrent que la dépolymérisation de la jeune lignine par une enzyme spéciale produite par les Basidiomycètes en est la principale responsable. À partir d'une biomasse qui n'a jamais été utilisée, il est maintenant possible de reconstituer les sols agricoles par des mécanismes biologiques d'origine forestière et de reconstituer un sol forestier favorable à la régénération, tant en climat tempéré que tropical; c'est la pédogénèse contrôlée.

 

Abstract

 

For the last 20 years research, over chipped twigs for soil upgrading purposes, has shown its ability to rebuild agricultural and forest soil structure and fertility. The basic mechanisms depend on depolymerization of young lignin for which a special enzyme is responsible from Basidiomycetes activity. From a very important biomass, never used before, it is now possible to rejuvenate soils through biological forest processus suitable for both agriculture and forest. These mechanisms are efficient under both temperate and tropical climates: it is controled pedogenesis.

 

Depuis des décennies, nous assistons impuissants à la disparition des forêts et à la désertification galopante de par toutes les parties du monde. Il faut admettre que peu a été publié sur les mécanismes responsables, sauf en des termes techniques propres à l'agriculture, qui masquent le plus souvent la réalité d'origine forestière fort complexe et venant de l'évolution biologique depuis le fond des âges.

 

Des travaux entrepris au début des années 80 portant sur l'utilisation des rameaux de la canopée forestière, fragmentés et mélangés aux 10 premiers centimètres du sol, nous donna des résultats tout à fait étonnants. En milieux agricoles, ils apportent des augmentations de rendement supérieurs aux fumiers et composts, tout en réduisant la consommation d'eau en milieux semi-arides. Nous avons également remarqué la disparition des nématodes qui attaquent les cultures maraîchères et une modification de la flore adventice de même que son agressivité.

 

En milieux forestiers, c'est la régénération qui est principalement concernée, avec de fortes différences si nous utilisons des rameaux fragmentés de feuillus plutôt que de résineux. Chose plus intrigante encore, la régénération (par semis naturels) se faisait entre la troisième et la cinquième année après l'application des BRF12 au sol. Nous en sommes venus à la conclusion que le retour au sol d'une partie importante des arbres que représentent les branches devait avoir un impact considérable, mais sans pouvoir identifier clairement les mécanismes en cause.

 

Un parcours attentif de la littérature scientifique nous montra que non seulement cette biomasse importante n'était pas qualifiée mais qu'elle était considérée comme un déchet ou une nuisance dans tous les pays du monde, y compris les plus pauvres. Depuis lors, nous avons appris beaucoup par nos propres expériences mais également en relevant systématiquement ce qui se fait en terme de recherche dans la littérature récente.

 

Nous sommes maintenant en mesure d'affirmer que la substance la plus importante dans ces rameaux est constituée par la lignine et celle des feuillus est la plus importante avec ses deux groupements méthoxyles fixés en symétrie sur les noyaux benzéniques dite lignine syringile par opposition à la lignine guaïacile qui est asymétrique à ce niveau.

 

Dans des systèmes forestiers en équilibre, cette lignine est fournie régulièrement par la métabolisation des toutes petites racines. Tout comme la lignine des rameaux, elle est peu polymérisée et facilement dépolymérisée par la lignoperoxydase, dépendante du manganèse produite par les Basidiomycètes du sol.

 

Ceci nécessite donc que les rameaux soient fragmentés et incorporés rapidement au sol pour que les Basidiomycètes puissent coloniser ces fragments. Ils utilisent les abondants nutriments qu'ils contiennent pour refaire la structure du sol. Plus important encore, ils permettent la restructuration des chaînes trophiques où la mésofaune du sol vient jouer un rôle fondamental en favorisant les transferts d'énergie et de nutriments chimiques et biochimiques.

 

La dépolymérisation par les Basidiomycètes de la jeune lignine donnera deux molécules dont on connaît bien l'existence: soient l'acide humique à haut poids moléculaire et l'acide fulvique d'une moindre importance. Une grande partie de cette molécule de lignine donne également des polyphénols indispensables à la structure du sol et à la régie de la fertilité.

 

Plusieurs ont eu tendance à confondre la fabrication de compost avec les aspects que nous venons de décrire, mais il n'en est rien. Les composts sont le fruit de la transformation de la matière végétale ou animale sous l'action des bactéries thermophiles ou des champignons inférieurs, détruisant les structures pour concentrer les nutriments. Dans ce cas, le résultat est une substance noire riche en «fertilisants» mais n'ayant qu'une influence à court terme, sans engendrer le retour aux équilibres naturels qui sont tous d'origine forestière. Il en va de même des fumiers.

 

En terminant, nous désirons attirer l'attention de nos lecteurs sur le fait que dans tout le monde végétal, les arbres représentent avec leur rameaux les plus efficaces capteurs de photons à courtes longueurs d'ondes et le siège de la concentration des nutriments pour la production de bois. Ceci a un autre rôle auquel nous étions inconscients jusqu'à ces dernières années: c'est la production énergétique des arbres dont 80% est dirigée vers le sol à l'usage des microorganismes qui, en retour, fournissent les nutriments chimiques nécessaires à la vie mais qui se concentrent cette fois dans la cime.

 

Un retour de ces nutriments au sol par la fragmentation et l'incorporation est donc susceptible de revitaliser les peuplements en mauvais état, de ralentir ou de reconvertir en forêt la savane mais plus encore d'être la source principale de lutte à la désertification.

 

Ainsi, pouvons-nous intervenir dans le maintien et l'amélioration de la métastabilité des forêts par la fragmentation des rameaux plutôt que de les brûler et contribuer à l'appauvrissement et à la destruction d'équilibres dont nous n'avions pas encore compris la possibilité de la raison et du maintien et de leur amélioration. Nous contribuons ainsi à la pédogénèse dont les bénéfices apparaissent dans la qualité et la préservation de la faune tributaire d'équilibres séculaires mais toujours fragiles.

 

L'utilisation des BRF de la forêt ou produits artificiellement à partir de plantations destinées à cette fin nous semble être une voie d'avenir dans la stabilisation de l'agriculture, tout en permettant à la forêt de se reconstituer alors que nous n'avons à l'heure actuelle que des moyens de destruction, mais aucune technique de reconstitution, si ce n'est que par des voies issues des techniques agricoles.

 

Annexe n 5

 

New ideas on soil formation, soil fertility13

 

"Most of the worlds agricultural land was originally covered by forest, with the exception of the Asian steppes, the South American pampas and the central prairies of North-America," writes Gilles Lemieux, professor in the Faculty of Forestry and Geomatics at Laval Univertsity in Québec, Canada. The steppe ecosystems, says Lemieux, are primarily grass growing in a rather dry climate forming deep soils. However, the soil that have been used agriculture have been formed over hundreds of millions of years under forests. And the process involved in the formation of theses soils have been at the heart of the work of Lemieux and his colleagues in Québec for the past 15 years with close examination of the role of fine twigs chips in the whole process of soil formation.

 

This very important in temperate zones such as Canada, says Lemieux, but even more with a tropical climate where there is an extraordinary rapid turnover of plant residual tissues and cycling of nutrients.

 

Lemieux points out that plant tissues, known until now as 'organic matter', are rapidly transformed into nutrients by soil. microorganisms, namely soil fungus 'white rots'. These nutrients are biologically bound to organic macromolecules or part of the microbial biomass within the living humus complex, becoming partly mineral and partly orgnic. This organo-mineral complex , stable under deciduous forest, is fragile under tropical conditions.

 

The organo-mineral complex has several roles, according to Lemieux, and merit close scrutiny. He says that 2 decades ago, he and his colleagues began searching for new forest products. They looked at essential oils that could be steam extracted from chipped branches of conifers. Chemical analyses of the residues left after oil extraction showed a relatively high protein content, all amino-acids present, as well as sugar, celluloses, pectin and strach with a carbon nitrogen ratio ranging from 30:1 to 150:1. 'The first trials using this material on the soil surface as sheet composting gave interesting results with cereals crops' Lemieux reports. 'But when chippings of deciduous trees were used, the results were even better'.

 

The next step was to answer the question of what mechanisms were involved. At that point, however, he realized that there had been very little research on the nutrient content of the woody components of trees and on their potential benefits for agricultural soils, although there is a considerable interest in the contributions that leafy materials make to soil.

 

Since then, Lemieux has continued to work with chipped twigs around 7 cm in diameter or ramial chipped wood (RCW)and found hat conifer twigs far less effective thant deciduous chips because of the different lignin structure. Over the years, Lemieux has developed a hypothesis that twigs not only provide the soil with nutrients but also act as a support for a great number of biological processes that regulate the sysnthesis and release of nutrient, minerals and biochemicals. It seems that the nature of lignin and the position of methoxyl groups in the wood could play an important role in the retention and availability of water in the soil. The RCW provide the soil microbial activities, says Lemieux, especially through the activity of Basidiomycetes because we consider the young lignin to be the main stable factor using those oligomers to be depolymerized. From this depolymerizing process, monomers are then used to build up humic and fulvic acidsthe basis of pedogenetic process through complex enzymatic activitiesfrom wich there is further transformation'.

 

This hypothesis. says Lemieux, is supported by the idea that the basic biologial processes responsible for soil fertility and productivity have been developed under forest cover. So, if forests are destroyed, soil fertility and productivity could eventually disappear. And if chemicals, as fertilizers, are used in large amount, the soil structure can be badly damaged and mineral deficiencies as well as parasites and diseases could eventually increase. According to Lemieux, throughout the world where hardwood forests have been cleared to make way for agriculture, the soils have deteriorated. One efficient way of restoring some of the original fertility and productivity of these soils is to incorporate RCW, to help maintain biological processes in the soil, the nutrient cycling and the soil structure.

 

Such approaches should be tested in areas where such wood and twigs are currently viewed as 'waste' and burned off. On the other hand , when supportd by more scientific research, Lemieux believes that locally grown trees could provide the necessary woody material to achieve proper productivity and rebuild forest de
stroyed by human activities, Since 1992, Lemieux and his colleagues have been carrying out trials in the Dominican Republic, Sénégal and Côte d'Ivoire in which RCW incorporated into the soil has produced increased yields (3001000%), of tomatoes, bitter tomatoe, eggplant and maize.

 

According to Chin Ong, principal plant physiologist with ICRAF, the use of small twigs has been successful in helping to restore badly degraded drylands in the Guesselbodi Forest of Niger. Soil infiltration rates were greatly improved by encouraging termite activities and thus promoting natural revegetation. Similar approaches of utilizing small twigs for restoring degraded drylands were successfully tested in central Australia as well.

 

For more information on Gilles Lemieux's research contact:

Professeur Gilles Lemieux, Département des Sciences du Bois et de la Forêt, Université Laval, Québec, Canada G1K 7P4

E mail: gilles.lemieux@sbf.ulaval.ca

FAX:+1 418 656 3177

http://forestgeomat.for.ulaval.ca/brf

 

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1 Centre régional en Environnement de Lanaudière

2 International Center for Research in Agroforestry, Nairobi, Kenya.

3 International Institute for Tropical Agriculture, Ibadan, Nigeria.

4 African Network for Tropical Agriculture

5 Belgian Urban Forestry, Practice and Research Association: bien qu'insolite l'utilisation de l'anglais dans les administrations belges semble correspondre à une manière d'éviter la confrontation dans le combat quotidien entre les langues néerlandaise et française .

6 International Federation of Organic Agriculture Movement

7 Extrait du numéro d'août 1996 de la revue «Terre Vivante», page 86

8 BUBFRA News Letter, Bruxelles

9 Bois Raméal Fragmenté - Rameaux de moins de 7 cm de diamètres fragmentés puis mélangés aux 10 premiers cm du sol permettant l'«infection» par les Basidiomycètes du sol, non pas les bactéries, permettant la structuration du sol par la dépolymérisation de la lignine native sous l'action d'une enzyme, la lignoperoxydase dépendante du manganèse, tout en reconstituant les chaînes trophiques.

10 Tissaux, J-C. & Lemieux, G. texte proposé à la revue Nature et Société, France

11 Lemieux, G. Texte proposé à la revue NATURE ET FAUNE publiée par la FAO

12 Bois Raméal Fragmenté: il s'agit de rameaux, y compris les feuilles, ayant moins de 7 cm de diamètre et qui contiennent près de 80% de tous les nutriments contenus dans l'arbre. Ces rameaux contiennent en outre des protéines, sucres, celluloses, hémicellulose, et lignine peu polymérisée représentant un équilibre nutritionnel susceptible de supporter la vie.

13 Texte publié dans la revue «Agroforestry Today» de l'ICRAF de Nairobi