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Profession:forestier

18 janvier 2021

En 2015, alors que nous étions étudiants en foresterie, nous avions répondu dans ce Journal aux propos tenus par Richard Desjardins sur la formation des ingénieurs forestiers. Nous avons depuis cheminé dans des parcours variés: foresterie urbaine, enseignement, industrie et recherche.

Six ans plus tard, nous constatons que MM. Desjardins et Henri Jacob persistent à tenir un discours déconnecté de la réalité sur le parcours académique et sur la pratique des ingénieurs forestiers, en plus d’amalgamer à tort l’ensemble d’un corps professionnel avec une décision politique. À l’instar de nombreux Québécois, les deux auteurs semblent méconnaître cette profession. Cette méconnaissance peut s’expliquer en partie par la diversité des domaines d’activité dans lesquels œuvrent les ingénieurs forestiers.

En effet, les quatre années de formation théorique et pratique qui préparent les ingénieurs forestiers à exercer une gestion intégrée des ressources touchent à une multitude de disciplines complémentaires. Limiter l’interprétation de cette formation universitaire pluridisciplinaire à «l’étude de 5-6 arbres dits commerciaux» et à «modéliser [...] une dévastation mécanique [de la forêt]» reviendrait à dire d’un chirurgien qu’il est habile avec des ciseaux au terme de ses études. Plutôt réducteur.

C’est aux ingénieurs forestiers qu’incombe la lourde tâche d’administrer le patrimoine forestier si cher aux Québécois. Leur motivation première est de s’assurer que la forêt est toujours là et qu’elle continue de l’être. C’est pourquoi ils sont des acteurs essentiels aux mouvements de changement portés par la société civile à l’égard de la forêt. Loin d’être de vulgaires machines à compter des mètres cubes de bois, les ingénieurs forestiers sont présents dans toutes les sphères liées de près ou de loin à la forêt: gestion de la faune et des parcs nationaux, enseignement, recherche et développement, foresterie urbaine, pourvoiries, regroupements de propriétaires de forêts privées, protection contre les feux et les ravageurs, industrie forestière, etc. Ces professionnels travaillent collectivement à la mise en valeur d’une panoplie de ressources au bénéfice des communautés, de l’environnement et de l’économie, suivant ainsi les principes du développement durable.

Nous reconnaissons ouvertement que des aspects de la gestion des ressources forestières doivent être améliorés. En effet, il est impératif d'être au diapason de l’évolution des connaissances scientifiques, des attentes sociales et des réalités économiques pour que les forêts québécoises soient continuellement aménagées de façon durable. Pour ce faire, il serait souhaitable d’instaurer un cadre de pratique plus flexible leur permettant d’utiliser davantage leur créativité et leur jugement professionnel, tout en garantissant l’imputabilité totale de leurs décisions.

À travers les divers rôles et postes qu’occupent les ingénieurs forestiers au Québec et les divergences de valeurs et d’opinions qui les animent, une chose les unit assurément tous: leur amour incommensurable de la forêt.

Et considérant l’importance qu’occupe la forêt dans la lutte contre les changements climatiques, dans le cœur des Québécois et dans le développement durable de nombreuses communautés, aucun professionnel n’acceptera sa «dévastation».

Simon Boivin-Dompierre, ing.f. M.Sc.
Mathieu Bouchard, ing.f. M.Sc.
Marie-Hélène Sauvé, ing.f.
Pierre-Yves Tremblay, M.Sc.

Lettre ouverte parue dans Le Journal de Québec

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