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La morille de feu à l'étude par un étudiant en sciences forestières de l'Université Laval

29 juin 2014

Comment savoir où et quand émergeront les morilles? C'est la question à laquelle s'est attaqué Jean-François Bourdon, un étudiant à la maîtrise en génie forestier à l'Université Laval. «Je cherche à identifier les sites qui ont un meilleur potentiel de morilles grâce à la télédétection», dit-il.

Pour que les morilles émergent, le sol doit brûler en profondeur, un phénomène beaucoup plus fréquent dans les forêts de pins gris. En étudiant les photos satellites du territoire avant et après le feu, Jean-François est en mesure de cerner les endroits où le sol a brûlé plus sévèrement. Selon ce dernier, c'est à ces endroits que l'on trouvera le plus de morilles.

Dans le cadre de sa maîtrise, il a érigé un campement en plein milieu du feu, au kilomètre 234 sur la route du Nord, avec deux amis ingénieurs forestiers, Franck Tuot et Claude Paradis. Le plan : s'installer en forêt pour un mois pour valider des hypothèses scientifiques et cueillir commercialement de la morille pour amoindrir les dépenses de la recherche.

Lors de leur arrivée, le 3 juin, les morilles étaient déjà présentes. Pour maximiser les revenus et la qualité de leur récolte, ils ont d'abord installé des grillages pour faire sécher les morilles, puis un four pour compléter le séchage lors des journées nuageuses. «C'est bien beau de récolter de grosses quantités, mais il faut savoir bien les conserver», explique Franck Tuot, qui en est à sa quatrième saison de cueillette au Québec comme dans l'Ouest.

Chaque jour, après le déjeuner, les cueilleurs passent six heures à scruter le sol brûlé à la recherche de morilles. Puis, de retour au campement, il faut compter de deux à trois heures pour nettoyer et faire sécher la récolte. Pour terminer la journée, ils préparent le souper sur le feu. Pas de cellulaire, pas d'horaire, pas de stress. Ils vivent au gré du soleil. «Une activité très zen», selon Claude Paradis. Un travail idéal pour tous ceux qui souhaitent échapper à la routine du bureau.

En plus d'amasser des données importantes pour mieux détecter la morille et en faciliter la cueillette, les trois amoureux de la forêt avaient récolté près de 150 kg en deux semaines. Ils comptaient demeurer en forêt jusqu'à la fin juin pour connaître le plein potentiel de récolte.

Une chose est certaine, des tonnes de morilles ont émergé cette année. Faute de cueilleurs et de connaissance sur cette ressource énigmatique, la très grande majorité a pourri en forêt, estime le chercheur. Les connaissances acquises serviront à mieux cibler les secteurs à fort potentiel pour déployer plus de cueilleurs lorsque la ressource émerge.

Guerres de territoire entre cueilleurs

Plus de cueilleurs signifie également plus de conflits, car, comme à la chasse à l'orignal, les cueilleurs qui s'installent en forêt pour une longue période souhaitent que «leur territoire» soit respecté. «Ça prend énormément de travail pour cibler les bons secteurs de récolte et beaucoup d'organisation pour s'installer en forêt», mentionne Jean-François Bourdon.

«L'idée est d'arriver à organiser les gens pour que tous les cueilleurs ne viennent pas cueillir dans la même fourche», ajoute Franck Tuot. Plusieurs cueilleurs qui s'étaient lancés dans l'aventure sans trop connaître le terrain se sont retrouvés dans le petit territoire de quatre kilomètres carrés (400 hectares) sur lequel les chercheurs travaillaient... alors que le feu avait ravagé 185 000 hectares de forêt. Plus au nord, deux autres incendies de 150 000 et 550 000 hectares ont également produit des morilles.

Article complet paru dans La Presse

Photo-Collaboration spéciale Guillaume Roy

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