Soutenance de thèse de M. Denis Blouin

12 mars 2021 à 13 h 30

Lieu : À distance, sur invitation seulement

Un modèle de gouvernance forestière autochtone ancré au territoire : Analyse des conditions d’origine et du processus de cocréation dans le cas de la Nation micmac de Gespeg

La Nation micmac de Gespeg, une communauté autochtone sans territoire attribué, manifeste une volonté de réappropriation territoriale depuis plus de deux décennies. Localisée dans la région de Gaspé au Québec, elle s’implique dans le domaine forestier depuis un peu plus de 15 ans, plus particulièrement par l’entremise d’ententes de cogestion forestière en terre publique avec le gouvernement du Québec. Suivant une démarche partenariale et collaborative avec la Nation micmac de Gespeg, nous avons étudié ses perceptions, ses besoins et ses attentes concernant son territoire forestier, ainsi qu’analysé son implication en foresterie. Puis, nous avons réalisé une démarche de redéfinition de sa vision et de ses objectifs forestiers. Nous y avons constaté la spécificité de ses attentes, plutôt culturelles et identitaires qu’économiques, et de ses objectifs fondés sur un projet forestier aux dimensions multiples. Ce constat a confirmé la pertinence d’explorer une gouvernance territoriale et forestière innovante et adaptée au contexte autochtone, soit le concept de forêt communautaire.

Pour comprendre le processus transformatif permettant d’atteindre les objectifs et de réaliser la vision de la Nation micmac de Gespeg, nous avons présenté leur contexte socio-historique forestier, puis analysé leur cheminement en foresterie, plus particulièrement en cogestion. Nous avons ensuite développé un cadre d’analyse de la gouvernance forestière, en identifiant les conditions sur lesquelles la communauté peut agir pour concrétiser sa vision. Nous avons constaté que ses engagements passés et actuels en foresterie correspondent à des étapes préparant la transformation de la gouvernance de son territoire forestier. Ce cheminement stratégique circonscrit par le cadre gouvernemental constitue un passage vers la gouvernance territoriale souhaitée par la Nation micmac de Gespeg. Visant la cogestion avec des partenaires locaux, le Conseil de Gespeg y assume un rôle d’entrepreneur institutionnel. De ce fait, il exerce une fonction d’agent transformatif des conditions actionnables de la gouvernance des terres publiques pour tenter de créer la forêt communautaire de Gespeg.

Toutefois, les constats de leurs engagements en foresterie, ainsi que les difficultés rencontrées pour réaliser leur forêt communautaire mettent en lumière la rationalité opérant en forêts publiques au Québec. Cette rationalité gouvernementale s’exerçant sur les forêts publiques limite les considérations pouvant être apportées à la satisfaction des besoins et des aspirations de groupes spécifiques. Ainsi, le régime de « gouvernementalité », suivant le terme de Michel Foucault, des terres publiques québécoises se fonde sur une conception unidimensionnelle de la population québécoise et une vision homogène du territoire et de l’économie. Cette perspective oriente les actions de gouvernement vers l’exploitation des ressources et du territoire en fonction du bien-être de la population québécoise en général. Les Autochtones se situent alors à la marge de l’exercice du pouvoir de l’État sur son territoire. Une foresterie autochtone menée à l’échelle locale confronte donc la mission des ministères responsables. La volonté autochtone d’adapter à sa vision le cadre de gestion de la forêt publique constitue un défi pour la foresterie scientifique, socle de l’aménagement forestier étatique. Les revendications autochtones, comme le projet de forêt communautaire de Gespeg, appellent à la redéfinition du régime de gouvernementalité des terres publiques, tant dans sa conception de la population québécoise, sa vision du rôle des terres publiques que dans son système de connaissances.

Informations supplémentaires :

Membres du jury

Président

M. André Desrochers
Université Laval, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

Examinateurs

M. Luc Bouthillier (absent)
Université Laval, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

M. Jean-François Bissonnette
Université Laval, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

Mme Solange Nadeau
Centre de foresterie des Laurentides

Mme Caroline Desbiens
Université Laval, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

M. Martin Simard
Université du Québec à Chicoutimi

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